Comment j’ai atteint 0.000$ MRR en 6 mois

Voilà, c’est fait: J’ai maintenant franchi le cap du 0$ MRR après 6 mois. Pas pire!

Les chiffres: 744 visiteurs. 12 trials. 1 réponse. Zéro client.

On peut parler de pivoter, ou on peut parler d’arrêter. Je choisis de prendre un pas de recul pour le moment. 

Puis ça tombe bien, ça coïncide avec l’été. Parfait pour faire plus de vélo.

Bon, bien sûr, être indépendant de fortune facilite ce genre de décision. Il y a 15 ans, avec 3 jeunes enfants et une nouvelle maison, j’aurais été nettement plus angoissé. À l’époque, trouver un client était une question de survie.

Curieusement, c’est là que tout l’état d’esprit entre en jeu. 

Quand c’est une question de survie (ok ce n’est pas mortel, mais je tenais plus que tout à “réussir”, prouver à ma femme, ma famille, au monde entier que je suis capable), ou que c’est un but fondamental (dans mon cas la liberté de faire ce que je veux quand je veux avec qui je veux), on ne se comporte pas comme si c’est un simple plan B optionnel.

On le fait. Pas d’excuse. Do it. Succeed or die trying. 

Quand c’est une question d’ego ou pour occuper ses vieux jours de retraite, l’appétit pour les efforts hors norme est moins là. Et c’est souvent ce qui fera la différence au début. Répondre rapidement à un client. Faire l’appel qu’on ne veut pas faire. Dire oui ou non quand on aimerait plutôt dire non ou oui. 

Alors dans mon exploration, je me suis mis quelques contraintes. On peut résumer ça à réussir sans faire l’effort nécessaire. Ou dit autrement, en faisant seulement ce qui est amusant. 

Gérer un employé qui fit moins, un associé narcissique, le stress financier, une baisse de clients, un nouveau compétiteur meilleur et mieux financé, la banque qui demande des comptes, etc. Ce n’est pas la partie l’fun.

Ce qui est l’fun, c’est construire, créer à partir de zéro, essayer, patenter des patentes. Aider le monde.

Et c’est un peu ce que je faisais, je jouais seul dans mon coin, dans mon monde. Je ne construisais pas une business. 

Parce que pour faire une business, pas trop le choix d’impliquer du monde. 

Avec le risque de tomber sur cet associé narcissique, cet employé qui fit moins, le banquier qui demande des comptes où ce @£#$ de client que tu aimerais envoyer promener mais à qui tu souris pour avoir le chèque. 

J’ai pris de bons risques. Certains très payants, comme racheter un associé toxique que je revendu à gros profit par la suite. D’autres plus douteux, comme devenir partenaire avec cet associé dont j’étais méfiant en premier lieu.

Alors faut pas se surprendre de mes résultats. J’essayais sans vraiment essayer. Je focus sur ce qui me procure du plaisir et regarde ailleurs quand vient le temps de faire une business. 

Ce qui mène à une bonne introspection. Pourquoi faire ça? 

J’ai lu le livre Beyond the Exit, suggéré par mon pote Tony, qui raconte comment des entrepreneurs vivent leur transition après un exit. 

Petite parenthèse, je peux comprendre que pour la majorité des gens, c’est difficile de concevoir que quelqu’un de très friqué et libre peut avoir des problèmes, mais ces problèmes sont bien réels. 

Pour plusieurs entrepreneurs, leur entreprise c’est leur vie et leur identité, puis ils sont mal préparés à faire la transition. Du jour au lendemain, ils passent de quelqu’un d’important à nobody

Dans les semaines suivant une vente, le téléphone ne sonne plus, il n’y a plus de courriels urgents, plus de meeting à préparer, de stratégie à élaborer. Personne n’a besoin de nous. 

Sauf les enfants qui continuent de demander on mange quoi pour souper.

Don’t get me wrong, il y a beaucoup d’avantages, mais mon point est que de nouveaux défis attendent l’entrepreneur qui vend. Plusieurs sont d’ordre psychologique.

Dans mon cas, j’étais préparé et prêt. Être un nobody ne me dérange pas vraiment étant quelqu’un à la base introverti avec un cercle petit, mais de qualité. Cependant, mon identité d’entrepreneur était (est?) encore là. 

Si je suis entrepreneur, je dois entreprendre, non? 

Si je ne suis plus entrepreneur, je suis quoi, simplement “retraité”?

Comme dans “Salut, moi c’est Stéphane, je ne fais rien dans la vie. Veux-tu jouer au pipckleball avec moi?”? Avouons que c’est différent de “Stéphane, président fondateur et entrepreneur multi-succès en série”.

Ça fera bientôt 3 ans que j’ai vendu. Bien que mon niveau d’anxiété soit assez bas, il reste que je suis nostalgique des belles années. 

Et pour moi, ces belles années sont celles après le product market / fit, celles de croissance où on passe d’une preuve de concept à un début d’entreprise. Celles où on était 5-8 employés.

Dans la phase suivante, celle de passer de shop de sous-sol à entreprise solide digne de ce nom, alors c’est moins ma tasse de thé. C’est là que ça prend quelqu’un comme mon pote Tony pour diriger le bateau. 

Alors tout ça pour dire que c’est ça la raison pourquoi je suis à 0.000$ MRR après 6 mois. Je veux, ou plutôt j’aimerais, mais l’engagement profond en mode mission n’est peut-être pas entièrement là.

On pourrait discuter des paramètres de mon projets, positionnement, marché et autre, mais je pense que ceux-ci sont plus facile à régler avec le bon “mindset” au départ. 

D’ailleurs, tout ça ne s’applique pas qu’aux entrepreneurs, mais aussi aux athlètes de haut niveau et professionnels performants qui passent à la retraite.

Puis quand je vois des gars comme Vincent Thibault et Martin Bouchard faire des projets qui valent des milliards, alors que clairement ils ne font pas ça pour l’argent étant déjà bien friqués, je me dis qu’ils ont trouvé leur motivation profonde. Sinon, je doute que ça serait motivant de se lever le matin pour affronter les défis associés à ce genre de projet.

Bref, je ne fais pas pitié, bien au contraire, mais je devrai peut-être éventuellement accepter qu’après 30 ans (j’ai commencé à 1996!!), mes belles années à construire et créer du business à partir de zéro et avec une détermination à tout casser soient derrière moi.

Ps: J’avais déjà écrit de quoi au sujet des défis post-exit si ça t’intéresse